Consultation publique concernant un projet de décret inscrivant le silure sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques (ESPDB)
Du 14 février au 8 mars 2026, une consultation publique est organisée concernant le projet de décret visant à classer le silure glane comme « espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques » dans les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne.
Il convient tout d’abord de distinguer ce classement de celui des Espèces Exotiques Envahissantes (EEE). Le régime des ESPDB, prévu à l’article L.432-10 du Code de l’environnement, permet notamment d’interdire l’introduction, le transport ou la mise en vente de l’espèce concernée et de faciliter, le cas échéant, la mise en œuvre d’opérations de prélèvements ciblés.
En l’état du droit, la remise à l’eau immédiate d’un poisson pêché dans son milieu d’origine ne constitue pas une introduction au sens au sens de l’article L.432-10 du Code de l’environnement. Sous réserve des dispositions du décret définitif, cette interprétation ne remet pas en cause, à ce stade, la pratique du no-kill.
Même si certaines études scientifiques ont mis en évidence des phénomènes de prédation du silure sur certaines espèces de poissons migrateurs, il n’est pas démontré que le classement du silure en ESPDB permettrait d’améliorer de façon significative la situation de ces espèces. En effet, de nombreux facteurs fragilisent durablement ces populations comme la fragmentation des milieux, les obstacles à la continuité écologique, le réchauffement climatique ou encore la pêcherie professionnelle. Il ne faut pas qu’une telle mesure détourne l’attention des enjeux majeurs en matière de protection et de gestion des milieux aquatiques. La Fédération rappelle que les phénomènes de prédation par le silure, lorsqu’ils existent, sont essentiellement localisés à proximité d’ouvrages transversaux qui concentrent artificiellement les poissons et que seule l’amélioration de la continuité au droit de ces ouvrages permettra de limiter l’impact du silure sur ces espèces.
Sur les grands cours d’eau comme l’Allier, où le silure est présent depuis plusieurs décennies, l’analyse des inventaires piscicoles disponibles depuis plus de 25 ans ne met pas en évidence d’évolution significative des peuplements en quantité ou en diversité imputable spécifiquement à cette espèce. Les variations d’abondance constatées sur certaines espèces résultent principalement de facteurs environnementaux tels que l’hydrologie, la disponibilité des frayères, la qualité des habitats et les épisodes d’étiage de plus en plus fréquents. Les peuplements restent structurés et fonctionnels.
A l’inverse, la régulation naturelle des populations de silures s’exerce notamment par des phénomènes de cannibalisme et de compétition intra-spécifique et des prélèvements non-ciblés de grands individus pourrait avoir l’effet inverse et favoriser une dynamique de la population.
Enfin, la Fédération s’interroge sur la cohérence d’une politique qui envisagerait le classement du silure glane en ESPDB en l’absence d’éléments scientifiques démontrant des impacts généralisés, alors que d’autres espèces, bénéficiant d’un statut de protection spécifique, ont des impacts avérés sur les peuplements piscicoles avec des possibilités de régulation de plus en plus contraignantes.
En l’état actuel des connaissances, la Fédération de Pêche de l’Allier se donc positionne en faveur :
- d’un suivi scientifique renforcé et territorialisé,
- d’une gestion adaptative fondée sur les spécificités locales notamment dans les secteurs ou les impacts sont avérés (aval immédiat des ouvrages ou petits milieux)
- et surtout d’une approche globale intégrant en priorité la restauration des habitats, la continuité écologique et la qualité de l’eau.
La Fédération demeure attachée au maintien d’une pratique responsable et durable de la pêche de loisir sous toutes ses formes.
Nous vous invitons à faire part de votre avis dans le cadre de la consultation en cours jusqu’au 8 mars ici




